FSU Bourgogne

CTPA DU 22 MARS 2011

mercredi 23 mars 2011 par webmestre

Ce CTPA (dont l’ordre du jour portait sur les moyens en personnels Administratif Technique Santé et Social, en personnels d’éducation, en directeurs de SEGPA, sur les postes spécifiques du second degré, et sur la formation continue des personnels de l’académie) a été celui de la rationalisation, de la mutualisation, de l’optimisation etc. Mais ces principes de management ne permettent pas, malgré les efforts de communication faits, de masquer les graves dysfonctionnements de notre système éducatif comme les réformes en cours ne peuvent cacher le désengagement de l’Etat de son Ecole Publique et Laïque.
Que ce soit sur le premier dossier traité -l’avenir du Collège J.Zay de Châlon sur Saône- ou que ce soit sur les conséquences en terme humain de la réforme des STI, les décisions prises auront des répercussions sur la vie de nos collègues et l’orientation des élèves. Nous n’avons pas manqué de le rappeler et d’en rappeler toutes les implications.
Le CTPA a dû ensuite se pencher sur toutes les mesures « d’économie » (dans les administrations d’EPLE ou centrales, dans les agences comptables, dans les CIO, dans les GRETA, chez les directeurs de SEGPA, chez les agents de laboratoire, chez les Conseillers principaux d’Education, chez les documentalistes) qui sont synomymes d’autant de suppressions. Ce n’est bien sûr pas le besoin qui prévaut là mais plutôt les plafonds d’emploi à ne pas dépasser, "contexte budgétaire oblige" ; et pour cela on n’hésite pas à dénaturer les missions, à demander toujours plus aux personnels, à nier le métier des collègues.

Concernant les postes spécifiques, la discussion a permis, non pas de les « déspécifier » tous (dans certains cas ils sont nécessaires) mais d’en reverser certains au mouvement normal et de faire s’interroger les autorités académiques sur la pertinence d’autres ; surtout quand le profil demande d’effectuer des heures au-delà des heures de service ou avec un étiquetage inutile dans une discipline.

La formation des stagiaires n’a pas fait l’objet de la même analyse de chaque côté de la table des débats. Ce sujet est si complexe, du fait des moyens disponibles aussi, que le plan pour l’année scolaire prochaine n’est toujours pas arrêté ! Chose quasiment certaines, c’est que si le ministère ne fait rien pour eux, on demandera encore aux stagiaires de faire des journées bénévoles avant le 1er septembre.
Sur le reste de la formation continue tous les collègues sont bien conscients que l’offre diminue fortement faute de moyens humains ou financiers...

7 heures de CTPA pour arriver à montrer quelques aspects de notre point de vue de personnel de l’Education Nationale partagé entre la colère et la volonté de ne pas laisser faire.

La rentrée 2011-2012 se prépare dans un contexte de réorganisation des services de l’Etat dans le cadre de la RGPP. Pour le ministre du budget, l’objectif du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite « sans dégrader les performances » des services publics est possible en mobilisant les désormais célèbres « gisements d’efficience ».Son rapport d’étape est porteur d’un seul message : tous les indicateurs sont au vert selon le ministre…sans doute avons-nous un ministre daltonien !

Jugez-en par vous-mêmes : dans le premier degré, tout va très bien, les élèves sont bien accompagnés malgré les retraits d’emplois de personnels spécialisés, et on est sur la bonne voie concernant la mise en place des établissements publics du premier degré.
Dans le second degré, tout va bien aussi : la « rationalisation de l’offre scolaire » se traduit par une diminution sans précédent des spécialités de formation, des filières et des options, l’autonomie des établissements pour répartir les moyens permet de faire porter sur les chefs d’établissement les choix drastiques à faire.
Par ailleurs, grâce à l’optimisation des ressources humaines, le remplacement s’est largement amélioré, comme tout le monde a pu le constater dans les mois qui viennent de s’écouler : les TZR sont quasiment tous occupés dans la plupart des disciplines, les autres sont sommés d’enseigner dans une autre discipline car il devient presque impossible de trouver des contractuels pour palier leur nombre insuffisant. Concernant la formation des nouveaux enseignants, elle se déroule dans de telles conditions que le président lui-même a convenu qu’il fallait revoir la copie…
N’oublions pas non plus que, grâce aux nombreuses ressources mises à la disposition des établissements pour accueillir les élèves handicapés avec du personnel stable et formé, la mise en place de la loi de 2005 ne pose plus aucune difficulté (on se demande là aussi pourquoi N.Sarkozy a nommé un chargé de mission pour modifier tout ce qui ne va pas…).
Enfin, les services administratifs tellement attaqués que même les inspecteurs d’académie s’en émeuvent publiquement, voient eux aussi la vie en vert : tout va très bien, pas de problèmes de remboursement de frais pour cause d’application informatiques défaillantes, aucun problème budgétaire pour faire sortir les services d’une asphyxie programmée. Imaginons un seul instant que tous les collègues toujours pas remboursés de leurs frais d’examens pour la session de 2010 refusent de commencer celle de 2011 tant qu’ils ne sont pas remboursés de la totalité de ce à qu’ils ont droit.
D’ailleurs, dans ces temps de surenchère, on devrait examiner de près une des propositions du programme électoral du Front National qui réclame la suppression de 20 000 emplois administratifs dans l’Education Nationale (pour mémoire, deux de ses propositions phare, la suppression de la carte scolaire et des IUFM ont déjà été réalisées dans le cadre de cette mandature).
Tout va très bien…Madame la Marquise…

Pour les personnels, au contraire, tous les indicateurs sont au rouge : calcul en baisse des dotations sur des bases augmentant le nombre d’élèves par classe, plan social frappant les professeurs des sciences et technologies industrielles, situation de plus en plus dégradée des établissements ou zones concentrant difficultés sociales et scolaires, fatigue et stress des stagiaires, conditions de travail très aggravées pour tous, et particulièrement les TZR...

Nos penseurs dits « libéraux » poursuivent une politique d’assèchement budgétaire de l’État. A travers la mise en place de toute une série de mesures (évaluation des professeurs, extension du dispositif CLAIR, primes aux recteurs et chefs d’établissement...), ils sapent peu à peu les fondements de nos métiers et cherchent à installer un système éducatif de ségrégation sociale.
Dans un contexte où les attaques contre la Fonction publique s’enchaînent, entre les provocations de Christian Jacob et les projets visant à faire passer les fonctionnaires du statut au contrat de travail de droit commun, l’Éducation nationale gêne le pouvoir en place. Elle incarne ce qui fait l’essence de notre fonction publique : les principes d’égalité, de continuité, d’indépendance du fonctionnaire, garant de l’égalité de traitement des usagers. Quelle aubaine constituerait la substitution du contrat au statut ! Ce serait l’occasion d’augmenter le champ des possibilités pour les appétits privés, de licencier les récalcitrants, de remplacer l’enseignant concepteur de son métier par des personnels subordonnés aux objectifs et aux hiérarchies de proximité, de développer concurrence et individualisation afin de ne pas revaloriser nos métiers.
Alors que tous, professeurs, personnels de vie scolaire ou d’orientation, doivent faire front chaque jour face aux difficultés qui sont autant d’obstacles à l’accomplissement de leurs missions, le ministre tente, lui, de faire accroire que tout va bien.
Du plan « Sciences » au plan « Langues », en passant par un enseignement de philosophie en Seconde générale ou par la multiplication des « référents » dans les établissements (remplacement, culture, cinéma, orientation, « préfets des études »...), toutes les annonces installent, à peu de frais, un nuage de fumée et de paillettes derrière lequel on maquille de profondes régressions du système. Autonomie qui n’est qu’accroissement inadmissible des pouvoirs des chefs d’établissement, « réforme » de la voie générale du lycée, « réforme » des séries industrielles et de laboratoires, installation du bac professionnel en trois ans, imposition du livret de compétences au collège et généralisation du dispositif CLAIR, abandon de l’éducation prioritaire, « réforme » de l’orientation... toutes ces contre-réformes sont marquées du même sceau : réduction des moyens, désengagement de l’État, dénaturation de nos métiers et leur mise sous tutelle, impréparation totale qui place les personnels dans l’impossibilité de faire correctement leur travail, abandon d’une partie de la population scolaire et en particulier les jeunes des classes populaires... C’est bien ce que les personnels rejettent massivement.

La politique du ministre réussit le tour de force de rassembler toutes les colères.

Celle des enseignants en collège confrontés à la hausse des effectifs des classes, à la multiplication des injonctions contradictoires, à la réunionite chronophage et inutile, à l’autoritarisme croissant de chefs d’établissement, alors que le sentiment s’est installé de ne plus pouvoir normalement ni correctement effectuer son travail.
Colère des enseignants en lycée général, technologique ou professionnel, forcés d’installer les contre-réformes qu’ils refusent, oscillant entre colère et lassitude devant tant de mauvaise foi dans la mise en oeuvre de « nouveautés » qui ne sont qu’artifices pour diminuer les coûts.
Colère des enseignants des disciplines technologiques industrielles et de laboratoire mis en demeure de se plier à une dénaturation des séries STI-STL qu’ils portent depuis des décennies, dont les élèves seront les premières victimes, et cela dans l’impréparation la plus totale, dans des conditions inadmissibles et proches du plus profond mépris.

Colère des TZR, à qui l’on impose des conditions de travail insupportables, qui subissent des pressions inacceptables alliant menace et culpabilisation personnelle pour enseigner une autre discipline que celle de leur qualification,à qui l’on dit qu’ils « ne servent à rien car ils n’ont fait que deux remplacements depuis le début de l’année et qu’il est hors de question qu’ils restent chez eux à se tourner les pouces », à qui l’on mégote le remboursement des frais de transport ou qui reçoivent, pour 75% d’entre eux, une indemnisation avec plus de quatre mois de retard,
Colère des TZR , enfin, parce que l’administration a décidé de façon unilatérale de les baîllonner en les privant de représentants des personnels lors des GT d’affectation de juillet et août.
Colère des personnels d’éducation et de vie scolaire, toujours plus écartelés entre la mise en oeuvre d’une politique sécuritaire et leur ambition d’un travail éducatif auprès des élèves.
Colère des personnels d’orientation, sommés de multiplier les missions externes à l’Éducation nationale, ballottés de plates-formes dématérialisées en dispositifs d’orientation « tout au long de la vie », empêchés de remplir leurs missions premières dans les établissements et les CIO au service de la réussite scolaire.
Souffrance professionnelle des stagiaires placés dans une situation intenable qui bafoue tous les principes de la formation professionnelle et obère gravement leur entrée dans le métier exigeant qu’ils ont choisi.
Colère des personnels précaires, allant de contrats en contrats, « variable d’ajustement » d’une politique qui nie les qualifications et les principes fondateurs de la fonction publique d’État.
La conception de notre métier développée par l’administration est diamétralement opposée à celle que portent les personnels. Et il va bien falloir que le ministre réalise que son « pacte de carrière » est nul et non avenu, ce que chacun ici sait déjà.
Renforcement de la concurrence entre disciplines dans un même établissement, installation de hiérarchies intermédiaires, promotions liées à la docilité : au lieu de développer un travail en équipes fructueux, le ministère entend faire assumer par certains (valorisés par le chef d’établissement) les « choix » contraints par la DHG, et les rendre juges du travail des autres. En réalité, ce sont des conceptions obsolètes et ringardes du « management d’équipe » qui sont introduites dans l’Éducation nationale, comme le montre l’évolution des missions des IA-IPR, qui acquiert un sens bien particulier dans ce contexte, ainsi que la mise en place d’un fumeux « pacte de carrière » fondé sur des entretiens individuels à 2 et 20 ans avec le chef d’établissement, dont la généralisation est annoncée pour ce printemps 2011, accompagné de la destruction prévue en 2012 de la double notation statutaire des enseignants. Ce calendrier laisse rêveur, par son invraisemblance politique.
Où un tel projet a-t-il été discuté ? Avec qui ? Quel vocabulaire ! « Identification des cibles », « posture requise de l’évaluateur »… un mauvais rêve managérial ! Qui cherche à transformer ainsi nos établissements scolaires, nos lieux de travail en services gérés « à la France-Télécom » ou « à la Renault-Technocentre » ?

Donc une préparation de rentrée dans des conditions déplorables, suppressions de postes d’enseignants, de personnels administratifs, de CPE et un maître mot, le redéploiement, une règle qui consiste à prendre aux établissements « trop » dotés pour que cela se voie moins, par exemple, dans un lycée avec 4 ou 5 postes de CPE, on peut en supprimer un mais c’est plus difficile de supprimer le seul poste de CPE d’un collège…
Les professeurs stagiaires second degré vont continuer d’être nommés à temps plein, nous demandons qu’ils soient déchargés d’une partie de leur service de cours pour suivre une formation tout au long de l’année.
Nous considérons que le nombre de postes à service partagé et le nombre de postes spécifiques se multiplient dans des proportions inacceptables, un enseignant sur dix est recruté par le chef d’établissement ou l’IPR dans le second degré, et les enseignants à cheval sur deux établissements vont devoir encore faire preuve du don d’ubiquité, on le constate chaque année au moment de la notation…

En ce qui concerne les postes infirmiers, nous réaffirmons que la carte « cible » n’est pas en phase avec les réalités du terrain : comment 205,5 postes infirmiers pourraient-ils permettre de répondre aux besoins croissants des élèves dans les 220 établissements de notre académie ? Seules de nombreuses créations de postes permettraient de réaliser une réelle « couverture » dans chaque établissement et ainsi rendre aux élèves le service public qu’ils sont en droit d’attendre et non pas améliorer un « fonctionnement de service infirmier », service infirmier qui, rappelons-le, n’existe pas.

En ce qui concerne les personnels administratifs,ils subissent les conséquences eux aussi de la politique de suppression d’emplois. Le marché de dupes « primes individualisées en échange des suppressions d’emplois » conduit à précariser l’ensemble des collègues…

Tout va donc très bien madame la Marquise… tout va très bien, tout va très bien…

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