FSU Bourgogne

CTPA du 06/11 : la déclaration préalable de la FSU Bourgogne

vendredi 7 novembre 2008 par webmestre

Madame le Recteur,

Comme vous le savez, depuis sa création, les personnels n’ont fait que renforcer la représentativité de la FSU. C’est au nom de ces milliers de collègues que nous avons la responsabilité de vous faire remonter le point de vue des personnels, leurs craintes, leurs espoirs, leurs ambitions.
Notre métier change, avec davantage de pressions et des repères en perpétuel mouvement. Dans la Classe, nous avons de plus en plus de difficultés pour que chaque enfant devienne élève. Des missions contradictoires font porter sur les épaules des seuls enseignants les problèmes de la société toute entière. Et dans l’Institution, de plus en plus d’injonctions, d’ordres et contre-ordres, de « débrouillez-vous » d’un ministre qui joue l’opinion contre les enseignants.
Dans ce contexte, chaque enseignant, débutant ou expérimenté, se retrouve souvent seul, démuni et contraint de tout réinventer.
Si nous avions une seule alerte, Madame le Recteur, ce serait celle-ci : nos collègues, administratifs, ouvriers ou personnels enseignants d’éducation, ont l’impression qu’on nie leurs métiers.

A tous les niveaux de la structure, on fait pression, on donne des ordres, sans même prendre le temps de regarder de près les difficultés, comme ce fut le cas, par exemple, pour imposer un grand nombre d’heures supplémentaires à la rentrée 2007 dans les lycées ; comme c’est encore le cas avec l’assouplissement de la carte scolaire, décidée unilatéralement, qui développe déjà la concurrence entre établissements, accroit la pression sur les personnels et renforce les ghettos, comme le soulignent les premières analyses.
Citons simplement une phrase d’un ouvrage que nous recommandons à tous, La souffrance des enseignants, de Françoise Lantheaume : « Les enseignants semblent ni avoir le soutien de leurs cadres et supérieurs, ni même pouvoir penser et agir collectivement pour se protéger. Ils se vivent sous la pression des familles et dans une demande sociale impossible. »

Dans ce contexte, les 11 200 suppressions de postes, qui font suite aux 8 700 suppressions de 2007, ne peuvent être qu’un signe négatif de plus. Les 13 500 suppressions prévues à la rentrée 2009 et une réforme du lycée qui diminue le nombre d’heures de cours dispensées aux élèves de seconde vont dans le même sens. Personne ne peut croire qu’on fera mieux réussir tous les élèves, dans des classes plus chargées, avec moins d’heures de cours, moins d’enseignants formés, moins de personnel de RASED, moins de personnels administratifs, de vie scolaire, sociaux, de santé, de psychologie ou d’orientation ?

Une fois de plus, vous allez devoir aller à la chasse aux postes, mettre la pression sur les Inspecteurs d’Académie, sur les chefs d’établissement pour qu’ils fassent mieux avec moins, pour qu’ils fassent le bilan des nouveaux dispositifs avant même de les avoir mis en œuvre, pour qu’ils fassent croire aux enseignants que l’avenir de leurs élèves est dans les heures supplémentaires ou dans les aides extrascolaires, sans organiser sérieusement le travail collectif pour s’intéresser au cœur de notre système : ce qui se passe dans la classe.

Si vous souhaitez un autre exemple du dénigrement des personnels de l’Education, il suffit de relire les propos tenus par le Président de la République lors de son discours sur les mesures de soutien à l’emploi à Argenay (Haute-Savoie) : ceux qui ont manifesté dimanche à Paris pour demander des postes dans l’Education « ne se rendent pas compte de la gravité de la crise ». « Que des gens viennent de bonne foi nous demander en réponse à la crise d’embaucher davantage de fonctionnaires et davantage d’emplois publics, je me demande s’ils ont bien compris dans quel monde nous vivons ».
Nous étions dans le cortège du dimanche 19 octobre, avec les 80 000 manifestants qui avaient choisi d’investir dans leur dimanche. Nous avons été frappés de ce sentiment de dignité qu’ils étaient venus porter les collègues, par le soutien qu’exprimaient les passants, semblant incarnanter les deux tiers d’opinion favorable sur la mobilisation unitaire des enseignants. Mobilisation qui se poursuivra dans le premier degré le 20 novembre. Ils venaient Pour continuer de défendre les valeurs de l’école de la République, celles qui nous ont fait choisir ce métier.

Madame le Recteur, notre système éducatif a besoin de poursuivre ses transformations, parce que personne ici ne pense qu’il réussit parvienne assez bien à faire réussir tous les élèves qui ont besoin de lui.
Mais les enseignants ne peuvent plus tolérer cette impression permanente que leurs cadres, jusqu’au ministre, propagent dans l’opinion tellement de contre-vérités qu’elles en sont injurieuses et méprisantes envers ceux qui, chaque jour, sont le dernier rempart contre l’exclusion, la pauvreté, la précarité, auxquelles sont confrontés des centaines de milliers d’enfants. Ils ont besoin d’une institution qui les soutienne, pas qui les affaiblit.

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