FSU Bourgogne

Déclaration au CAEN

jeudi 9 février 2012 par webmestre

A l’appel de la FSU et d’un grand nombre d’organisations syndicales, ce sont 20000 personnes qui ont manifesté hier à Paris leur mécontentement contre le projet d’Évaluation des personnels et contre les suppressions de postes dans l’éducation Nationale à la rentrée 2012.

Le projet d’évaluation est rejeté par les collègues car il remet en cause la reconnaissance par une double notation de la spécificité de leur profession.
Le métier d’enseignant est difficile, complexe, objet de dilemmes et d’arbitrages permanents. Toutes les enquêtes révèlent que les conditions d’exercice se durcissent et que les enseignants s’interrogent sur le sens même de leur métier.
Face à ces difficultés, l’évaluation de la qualité du travail par l’institution prend un caractère crucial.
Par exemple dans le second degré, l’identité professionnelle des enseignants est centrée sur l’apprentissage et la transmission de savoirs disciplinaires. Cela n’empêche pas l’investissement dans d’autres dimensions du métier qui lui sont corrélées. Les enseignants ne contestent aucunement l’évaluation d’une partie de leur activité par le chef d’établissement, c’est ce que traduit la note administrative, mais ils sont attachés à la note pédagogique attribuée par des inspecteurs formés pour cela. Faute de s’appuyer sur cette compétence, on aboutira à l’arbitraire dans la notation et l’avancement des enseignants.
En effet le chef d’établissement n’est pas compétent pour évaluer les enseignants sur l’aspect central de leur métier. Certes, il a son idée sur la question, il connaît les rumeurs, les avis des parents parfois, mais sa perception se fait à travers un jeu de miroirs déformants, aux prismes d’impressions parfois trompeuses. L’implication ou non dans les projets divers, voyages ou sorties, dispositifs de remédiation de toute sorte, les déclarations faites en conseil de classe, peuvent donner l’illusion de connaître la valeur de l’enseignant, mais qu’en est-il de ce travail invisible qui est l’ordinaire du métier certes, mais aussi sa grandeur ? Comment ne pas redouter qu’une telle évaluation, mettant de surcroît les personnels en concurrence, n’ait rapidement un effet désastreux sur le travail en reléguant au second plan ce qui constitue le cœur du métier. Quelle école veut-on, hormis une garderie, si on ne forme pas (que ce soit en formation initiale ou continue), si on ne conseille pas, si on n’évalue pas les enseignants sur ce le fondement de leur mission ? Est-ce à dire que ce serait la fin d’une école où l’on apprend ?

Par ailleurs, nous rappelons notre opposition à la manière dont les personnels non enseignants (que ce soit à l’Education Nationale ou au ministère de l’Agriculture) sont aujourd’hui évalués. Le clientélisme et le fait du prince y font depuis plusieurs années déjà des ravages, sans que pour cela le service public y soit amélioré.
Cette politique de ce qui est appelé aujourd’hui « management », couplée avec la RGPP ou des politiques similaires, a déjà fait d’immenses dégâts à France Télécom et à l’ONF et commence à mettre gravement à mal les équipes de travail dans l’ensemble du service public.
La seconde raison de la colère exprimée hier est en prise directe avec l’ordre du jour de la réunion d’aujourd’hui : il s’agit de la suppression pour la rentrée 2012 de 14000 postes dans l’éducation Nationale. Ces suppressions porteront à 71000 le nombre de postes supprimés depuis la rentrée 2008. Le système craque de toute part, les enquêtes internationales en témoignent. Ce gigantesque plan social met en péril le système éducatif.
L’Académie de Dijon, déjà fortement ponctionnée au rythme des plans successifs, est encore lourdement affectée par les annonces de suppressions d’emplois à la rentrée 2012. 181emplois dans le premier degré, 157 dans le secondaire et 19 emplois administratifs. Tout cela en dépit de réalités d’un territoire rural où de sérieuses difficultés socio-économiques sont mesurées. Nous renouvelons notre avertissement sur l’incapacité qui en résulte de répondre aux enjeux de la démocratisation et de la réussite de tous les élèves.
L’enseignement primaire en sortira exsangue. La préscolarisation dont l’importance avait été soulignée par l’enquête PISA de 2009 pour atténuer l’impact des inégalités sociales sera sacrifiée, l’aide à l’enfance en difficulté (RASED) définitivement achevée.
Pour la voie professionnelle, les suppressions de filières et réductions d’effectifs dans des secteurs offrant pourtant des débouchés en termes d’emploi sont inadmissibles au moment où le chômage des jeunes n’a jamais été aussi important. Pour les filières supprimées, on nous répond qu’elles ont connu des difficultés de recrutement : L’état et le Rectorat ont-t-ils suffisamment communiqué sur ces filières, trop préoccupés d’envoyer les collégiens en plus grand nombre vers la voie générale ? Ou se réjouit-il d’y voir une occasion de fermer encore plus de postes ?
La FSU s’insurge également contre les réductions de capacité d’accueil, notamment pour les BTS Tertiaires (comptabilité et secrétariat), à l’heure où le niveau BAC n’est plus suffisant pour intégrer le monde du travail dans ce domaine. Parallèlement, la fusion des bacs secrétariat et comptabilité en un Bac Gestion-Administration s’accompagne encore d’une réduction des capacités d’accueil.
Par ailleurs, la FSU s’oppose aux créations de filières mixtes, mélangeant apprentis et élèves sous statut scolaire dans les mêmes classes. Ses buts sont clairs : faire entrer l’apprentissage dans nos établissements, première étape du démantèlement de l’enseignement professionnel public, et annualiser le temps de travail des PLP, ce qui, nous le rappelons, est hors statut.

Dans le second degré 283 élèves en plus sont attendus et 157 postes seront supprimés. Autrement dit chaque fois qu’il y a deux élèves en plus on supprime un poste ! Il n’est donc plus possible d’invoquer la baisse démographique. Il s’agit bien comme vous l’avez dit dans la presse, Monsieur le Recteur, de la poursuite de la RGPP. La dégradation des conditions de travail des élèves et des professeurs va donc s’accélérer.
Dans les collèges, alors que dans tous les départements les effectifs augmentent, les moyens attribués sont insuffisants. Ils vont conduire, soit à des effectifs déraisonnables, soit à la réduction des horaires règlementaires. Il est question de groupes de plus de 30 élèves dans certaines disciplines. Comment dans ces conditions peut-on espérer faire progresser tous les élèves ?

Dans les lycées, les suppressions de moyens vont largement au-delà de l’application des réformes puisque, dans certains établissements, l’Accompagnement Personnalisé, l’une des mesures phares de la réforme, aura lieu en classe entière. Où sont donc passés les moyens horaires prévus dans les décrets (10h30 par division de seconde par exemple) pour constituer des groupes à effectifs réduits ?
Les limites du supportable sont dépassées. Aussi la FSU, soutiendra toutes les luttes en cours et prendra ses responsabilités pour nourrir la résistance nécessaire à cette politique contraire aux intérêts de la Nation en général et de notre Académie en particulier.
Contre cette politique et ses conséquences en termes de moyens ou d’évaluation des personnels, la FSU appellera à des actions dans les départements de l’académie tout au long du mois de février.

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